France-Allemagne, quel plan de convergence ?

Les liens économiques qui fondaient le couple franco-allemand ne cessent de se distendre.

L’Allemagne apparaît de plus en plus comme la locomotive de l’Europe, laissant la France, à la traîne, dérailler.

Notre croissance ne dépasse pas les 2% quand l’Allemagne décolle à 3,5%. Notre taux plancher de chômage est à 9% quand il se maintien sous la barre des 7% outre-Rhin.

Nous comptons 2 fois moins de PME et 30% de moins d’Entreprises de Taille Intermédiaire (entre 250 et 999 employés). Sans oublier que l’effort de recherche des entreprises allemandes est supérieur de 40% à celui des Françaises.

Surtout, alors que le coût du travail en France était inférieur de 10% à celui de l’Allemagne il y a encore 10 ans, nous avons aujourd’hui rattrapé notre voisin, à hauteur de 33€ par heure selon l’INSEE.

Conséquence : notre territoire se désindustrialise (il nous manque 10% d’industries par rapport à l’Allemagne), notre balance commerciale se dégrade, notre déficit public atteint 7,5% du PIB contre 3,5% en Allemagne, et le moral des Français plonge dans les chaussettes.

Les forces de l’Allemagne sont les faiblesses de la France.

A l’origine de ce décrochage, ont trouve deux causes.

D’abord, la France a perdu son seul atout : le prix. Le poids des charges sociales et de la fiscalité industrielle a eu raison de notre compétitivité-prix, notamment à l’export.

Ensuite, entre la PME et la Grande Entreprise, il manque à la France un chaînon intermédiaire, celui des ETI… qui forme, justement, la colonne vertébrale du tissu économique allemand.

Rattraper l’Allemagne exige un changement de cap politique.

Pendant que les décideurs français empilaient les mesures, sans cohérence, par a-coups, au gré des échéances électorales, l’Allemagne appliquait avec rigueur l’Agenda 21, amorcé par G.Schröder et poursuivi, sans discontinuer, par Angela Merkel.

En fin de compte, dans la stratégie économique française, tout est à revoir.

A commencer par la construction d’un nouveau modèle de coopération entre l’Etat et les entreprises, mais aussi entre les Grandes Entreprises et les PME.

Il s’agit d’apprendre à travailler ensemble. Un savoir-faire que l’Allemagne cultive depuis plus le 19ème siècle au sein de ses Länders, où de grosses Entreprises Intermédiaires construisent une relation de confiance avec des PME innovantes, elles-mêmes soutenues par un réseau bancaire régional dense.

C’est une question d’état d’esprit, de manière d’être, d’intérêt national.

Et la première étape de ce changement pourrait être la stabilisation, une fois pour toute, des réglementations sociales et fiscales, dont l’imprévisibilité détourne les investisseurs et nuit très fortement à notre compétitivité territoriale.

Second axe de rénovation : l’innovation.

Les industriels Français ont des idées innovantes, mais pas les moyens de les développer.

Les reins de nos PME ne sont pas suffisamment solides. Surtout, le monde de la recherche doit changer de regard sur l’industrie : les partenariats publics-privés n’ont rien de dangereux. Ils sont salutaires, comme le montre les bons résultats des Instituts Carnot, entre autres.

Troisième grand chantier : la formation.

Quand l’Allemagne a misé sur la formation professionnelle, d’où sortent les 2/3 des jeunes, la France sous-estime ces filières.

L’alternance et l’apprentissage doivent devenir une voie de formation au-moins aussi prisée que l’Université.

Pour autant, il n’est pas question de copier-coller le modèle allemand (qui n’en est pas un), mais de trouver nos propres voie et rythme de convergence.

Un programme de réformes en 4 temps.

D’abord, simplifier et stabiliser le droit et la fiscalité des entreprises. Nous y gagnerons une nouvelle image positive.

Ensuite, miser sur les PME innovantes en incitant nos majors industrielles à les soutenir, mais aussi en accordant davantage de marchés publics aux PME. Nous y gagnerons un tissu d’entreprises de taille intermédiaire capables d’innover, d’embaucher et de s’imposer à l’international.

Dans le même temps, remettre notre système bancaire au service de l’économie réelle. Nous y gagnerons des capacités d’investissement, de recherche et développement.

Enfin, et surtout, reformer en profondeur l’enseignement supérieur, pour donner aux formations professionnelles la priorité et rapprocher le secteur de la recherche du secteur industriel – sans toutefois délaisser la recherche fondamentale.

Un vaste programme, qui exigera plus d’un quinquennat et beaucoup de volonté politique.

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