Qu’est-ce que le Centre ? 1ère Partie.

Dans ses vœux pour 2011, François Bayrou a souhaité rappeler le sens du terme « centre », « très souvent usurpé » selon lui. « Sont au centre ceux qui résistent à la soumission ».

S’allier, oui. Se soumettre, non. Mais cette définition ne saurait suffire.

Comme la « droite » et la « gauche », le « centre » est une construction, devenue objet médiatique.

 

Or, la norme ancrée dans l’inconscient collectif, depuis la révolution Française, reste le manichéen « gauche contre droite ».

Cet affrontement perpétuel trouve son fondement dans une décision tragique : la condamnation à mort de Louis XVI. Ses partisans se rassemblèrent à la gauche du Président de l’Assemblée, les royalistes s’établirent à sa droite.

Or, face à une question de vie ou de mort, il semble difficile de voir émerger une solution « centriste », en « ni-ni » ou « et-et ».

Gauche et Droite se nourissent mutuellement, se survivent, en faisant de chaque débat une question de vie ou de mort, binaire, quand c’est, bien sûr, une décision équilibrée, duale, et technocratique qui sera prise.

Pour ou contre ? Telle est la question politique permanente, le cœur du théâtre politique.

Mais l’histoire montre que cette opposition est feinte. Les réponses pratiques sont, presque toujours, une conciliation, un compromis.

Or, s’il est une idée centriste, c’est bien celle de conciliation ou compromis.

Cette passion du compromis est souvent considérée comme de l’opportunisme, au sens péjoratif du terme. « Le Centre, est un parti attrape-tout, une girouette, qui cherche à toujours être du bon coté » entend-t-on.

Cette vision entretient l’image d’un centre sans doctrine, ni valeurs, ni cohésion, ni thème de prédilection.

Or la difficulté du centre est moins son manque de « valeurs » qu’un trop plein.

En effet, il n’existe pas un mais DES centres : les sociaux-démocrates, les démocrates-chrétiens, les sociaux-libéraux, les libéraux-démocrates, les écolo-libéraux, les européistes, les radicaux, les gaullistes de gauche, les Progressistes, etc…

Leur dispersion étant moins une question d’idéologie que de tactique électorale ou de confrontation de personnes, cela renforce leur image de parti opportuniste.

Le mal du centre est bien là : la tragique absence d’un parti de rassemblement, que l’UDF n’a qu’imparfaitement incarné et que le MoDem souhaitait devenir. (lire : https://aktesblog.wordpress.com/2011/01/03/de-ludf-au-modem-la-voie-de-lindependance/)

Mais la cohabitation de la démocratie chrétienne et du radicalisme a, jusqu’ici, immanquablement échouée, sur la question de la laïcité et notamment, du rapport entre l’école publique et privée.

Tous ces courants, souvent opposés, ont, toutefois, de grands « mots » en commun : la Démocratie, l’Europe, la solidarité, la laïcité, l’entreprise, la bonne gestion publique. (lire : https://aktesblog.wordpress.com/2011/01/12/quest-ce-quetre-democrate/)

Mais leur valeurs sont plus universelles que particulières. Parmi elles : l’humanisme, principe consensuel s’il en est.

Certains ont tenté de renverser cette image, en parlant de l’humanisme comme d’un mot « dur » (Bayrou), en parlant d’extême-centre ou de « centrisme révolutionnaire (Kahn).

Mais cela ne saurait suffire à dépasser la définition « en creux » du Centre, qui revient généralement à dire : le Centre est moins conservateur que la droite sur les questions de société ; il est plus libéral que la gauche sur les questions économiques.

Le mal du Centre ne serait autre que… le centrisme

Ce qu’il manque au centre, c’est bien une définition. Sans quoi, il ne reste qu’un machin aux yeux de l’électorat.

L’universalisme des valeurs centristes, le « juste équilibre » de leurs programmes et la « rondeur » de leurs prises de position, les écartent des polémiques, des « clivages », rejetées, certes, par la plupart des citoyens, mais qui nourrissent pourtant l’actualité médiatique.

Une situation d’autant plus délicate que les « vraies » différences entre les partis de gouvernement gauche et droite se font de plus en plus ténues : l’un comme l’autre se revendiquent de la République, rejettent l’individualisme comme le collectivisme. Restent les relents d’affrontements idéologiques séculaire entre marxisme et libéralisme, dans lequel le Centre n’a pas droit de parole.

Surtout, socialistes et gaullistes, fois au pouvoir, ont rapidement tendance à terminer les mandats en gouvernant « au centre ». A la veille de la campagne… presque tout le monde est donc « au centre ». Il n’y a alors plus vraiment de Centre…

Reste aux centristes une arme : celle de la « crédibilité », de la « lucidité » et du bon sens. Une image de droiture, d’honnêteté et de transparence, qu’incarnèrent, en leur temps, Pierre Mendès France, Pierre Pflimlin et Jacques Delors.

Mais, cet argument, rappellant le « catastrophisme éclairé » de Hans Jonas, paraît bien mince dans la société du spectacle. Peut-on faire « rêver les foules » avec l’air de la doctrine sociale de l’Eglise ?

Voilà pourquoi le centre est victime d’un paradoxe : ses idées convainquent la majorité des citoyens, mais ses partis perdent les élections.

En effet, la pensée centriste rencontre aujourd’hui la majorité sociologique de la société : plus de la moitié des électeurs français se disent modérés, réformateurs et estiment que le clivage Droite-Gauche est obsolète.

La majorité des citoyens français rejoignent le Centre dans son refus du dogmatisme, de la pensée unique, des extrémismes, des oppositions artificielles, du sectarisme et du clientélisme.

Mais aucun Parti n’est aujourd’hui parvenu à rassembler, autour d’un même candidat, les partisans d’une « droite sociale » et ceux d’une « gauche libérale ».

Mais si le Centre est « happé entre les deux mâchoires d’un crocodile », c’est aussi – et peut être surtout – à cause du système électoral actuel.

En effet, la V° République a fixé comme mode électoral le scrutin majoritaire à deux tours, organisant un paysage politique bipolaire.

Or, ce n’est que dans un régime électoral à la proportionnelle que le centre peut s’épanouir et rassembler (lire : https://aktesblog.wordpress.com/2011/01/13/un-mode-de-scrutin-proportionnel-une-exigence-democratique/)

Doit-on parler de l’impossibilité d’un Centre sous la 5eme République ? Ou l’élection Présidentielle peut-elle devenir un moment « Centriste », et à quelles conditions ?

Ce sera l’objet d’une seconde partie… à suivre !

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