De l’UDF au MoDem : la voie de l’indépendance ?

Trente ans de centrisme

En 1978, dans la perspective des élections législatives, Valéry Giscard d’Estaing, Président de la République, tente de rassembler les mouvements centristes et la droite « non-gaulliste » au sein d’une structure partisane. Michel Poniatowski, Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber organiseront ainsi la réunion des divers mouvements démocrates-chrétiens, sociaux-démocrates, radicaux et libéraux, au sein de l’Union pour la Démocrate Française (UDF).

Lors des élections législatives de 1978, l’UDF obtient 25% des sièges, interdisant au RPR de Jacques Chirac (obtenant 30% des sièges) de disposer seul d’une majorité absolue.

Pour autant, l’UDF doit cohabiter avec le RPR. L’accord de coexistence pacifique conclu entre les deux Partis fait de l’UDF une force d’appoint du RPR, certes indispensable, mais dépendante.

A partir de 1998, François Bayrou, Président de l’UDF, entre dans un processus d’affirmation progressive de l’UDF face au RPR, qui provoquera le départ des élus de Démocratie Libérale.

En 2002, dans la perspective des législatives, l’UMP menace les élus UDF sortant de leur opposer des candidats UMP. Craignant pour leurs sièges, un grand nombre quitte le parti centriste pour rejoindre les rangs de l’UMP.

Pour autant, l’UDF n’est pas parvient à maintenir des groupes parlementaires. L’UMP maintien donc sa stratégie d’étouffement de l’UDF, en écartant ses membres des postes gouvernementaux (hormis Gilles de Robien).

Dès 2004 l’UDF n’hésite plus à affirmer sa différence avec l’UMP, et rencontre le soutien des écologistes de CAP 21. Cette stratégie, qui provoque des tensions internes, est actée lors du Congrès de 2006, où l’UDF s’affirme comme un « Parti libre et indépendant ».

En 2007, fort de ce positionnement, François Bayrou se présente à la Présidentielle comme une alternative entre une droite « dure » et une gauche « échouée ».

François Bayrou sera le 3ème homme de la Présidentielle, avec 18,57 % des voix au 1er tour. Il n’appelle à voter pour aucun des deux autres candidats.

Fort de son succès, il souhaite fonder un nouveau « parti démocrate », rompant avec l’image « droitière » et subordonnée de l’UDF.

Ainsi est créé, à la veille des élections législatives, le Mouvement Démocrate, affichant de près de 35 000 adhérents.

Lors des législatives, l’UMP tente de dépouiller le nouveau parti centriste de ses élus et moyens (le financement public des parti dépendant du nombre d’élus et de voix obtenues) : il menace les députés MoDem de leur opposer des candidats UMP et parvient à s’inféoder 18 élus. Un parti politique (Nouveau Centre), un groupe parlementaire et un financement leurs sont généreusement octroyés par l’UMP.

A la veille des élections législatives, c’est donc un MoDem quasiment privé d’élus locaux et fragilisé, qui tente de se reconstruire.

Espérant capitaliser sur le score de François Bayrou, le MoDem présente 535 candidats dans les 577 circonscriptions. Le résultat est décevant : avec 7,61 % des suffrages (ce qui en fait le 3ème parti français), il n’obtient que 3 sièges de députés (François Bayrou, Abdoulatifou Aly, Jean Lassalle).

Ce premier échec a deux causes principales : le mode de scrutin majoritaire qui exclue d’office les « petits » partis indépendants ; et le manque de notoriété de la « marque » MoDem.

Dès lors, le Mouvement Démocrate débute un cycle de développement long et difficile, appelé à s’étendre sur une, voire deux décennies.

Le Mouvement Démocrate : le dépassement du « centrisme ».

Le MoDem n’est pas une nouvelle-UDF, mais bien un nouvel acteur du paysage politique qui entre, en 2007, dans son « année zéro ».

Alors que l’UDF constituait un parti de cadres, le Mouvement Démocrate cherche à devenir un parti de militants.

A la veille des élections municipales de 2008, le Mouvement Démocrate entre donc en campagne comme un parti neuf. Cependant, l’élection municipale n’aura pas été inutile au Mouvement Démocrate : la stratégie d’alliance « au cas par cas » lui permet de s’imposer comme « clé du second tour » dans la plupart des métropoles françaises. Ainsi, avec moins de 3,70 % des suffrages en moyenne à l’échelle nationale, les listes MoDem prennent la tête de près de 1000 Communes, dont 15 de taille moyenne (Biarritz, Mont-de-Marsan, Saint-Brieuc…).

Les élections européennes de 2009 sont l’heure de vérité pour le jeune Mouvement Démocrate. L’engagement européen de François Bayrou et le mode de scrutin proportionnel devraient lui être favorable. Un score supérieur à 12% pourrait lancer une « dynamique de victoire », dans la perspective des régionales de 2010 et présidentielles de 2012.

Or, le 7 juin 2009, le Mouvement Démocrate essuie un nouveau revers : avec 8,46 % des suffrages, il perd la place de 3ème force politique nationale aux yeux des médias, doublé par Europe Ecologie.

Cet échec serait celui d’une stratégie : François Bayrou aurait « trop parlé de Sarkozy, pas assez d’Europe » et le contenu idéologique du MoDem reste flou : « ni libéral, ni socialiste, mais humaniste ».

Au sortir de l’élection européenne, le crédibilité du MoDem est fortement altérée. Depuis lors, le Mouvement Démocrate est montré comme un « parti perdant » (looser party).

Par conséquent, les Régionales de 2010 ne présentaient plus un temps fort d’une dynamique, mais un nouveau risque et une occasion de faire émerger des personnalités nouvelles.

Le Mouvement Démocrate ne pouvait espérer un score supérieur à la moyenne de ses résultats depuis 2007, soit 6,6%. Mais, avec un score national de 3,6% au 1er tour, le MoDem subit un échec majeur.

Les Présidentielles de 2012 : l’espoir d’une seconde naissance.

Le score des Régionales n’est pas exceptionnellement faible : aux législatives de 2002, l’UDF réalisait un score national de 4,7% des inscrits (à cette époque, l’alliance avec le RPR lui permis d’emporter 27 sièges de députés).

Le contexte et le mode de scrutin font une grande partie du score : ainsi, alors que le MoDem atteignait 3,7% aux Municipales de 2008, il atteignait 8,5% aux Européennes de 2009.

Enfin, le candidat ne sera plus le « MoDem », une marque encore méconnue, mais François Bayrou, une personnalité dont la côte de maintien depuis 2007 à 40% d’opinions favorables.

Néanmoins, le succès au MoDem aux élections présidentielles est conditionné à 3 exigences.

-l’absence de candidats écologistes, de « centre droit » et sociaux-démocrates. Cela veut dire l’absence de la plupart des Morin, De Villepin, Joly, Strauss-Kahn et Borloo.

-un véritable travail de formulation du projet « démocrate » : le MoDem a besoin de construire une idéologie sur laquelle poser son projet de société.

-le contournement des médias traditionnels par l’internet. Les médias transmettent au public une image bipartite du fonctionnement de notre démocratie qui disqualifie le MoDem. Seuls les nouveaux médias lui permettront de disposer d’espaces d’expression alternatifs.

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2 commentaires pour De l’UDF au MoDem : la voie de l’indépendance ?

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